PIERRE MOURAIN

(1740-1793)

"VIVE LA RÉPUBLIQUE, UNE ET INDIVISIBLE !"

Ce fut le cri de l'esprit et du coeur de Pierre MOURAIN, Maire de Bourgneuf, membre de l'Assemblée départementale, député de l'Assemblée législative. II le paya de sa vie lors de l'entrée de l'Armée vendéenne à Bourgneuf, le 24 mars 1793.

Pierre MOURAIN, né le 29 février 1740 à Bourgneuf en Retz, fils de Pierre Mourain, notaire et procureur aux sièges de Bourgneuf et Pornic, et de Juliette Rousseau appartenait à une famille nombreuse des Marches du Poitou qui a produit en particulier Charles Mourain de l'Herbaudière, subdélégué aux îles de Bouin et de Noirmoutier en 1789, et Mourain de Sourdeval, anobli en 1816.

Bachelier en droit, avocat à Bourgneuf, il y était en même temps contrôleur des actes. II épousa sa cousine au 4ème degré, Anne-Thérèse Mourain, le 11 août 1772 à Sallertaine.

Il obtint en 1779 la concession d'un immense terrain partant de l'étier du Collet et allant rejoindre le Port-la-Roche. II achète le domaine de la Guérivière à Escuyer Jean François Alexandre Rabeau de la Motte, le 4 mai 1784. II fut un bon administrateur gérant ses biens en bon père de famille. II eut 9 enfants.

Pierre Mourain a contribué à mettre de l'ordre dans l'Hôpital de Bourgneuf et c'est grâce à lui que nous trouvons un magnifique «Tableau des titres et des revenus» de l'hôpital avec tous les renseignements sur ses domaines, ses archives, ses baux, ses comptes. Malheureusement, il allait bientôt cesser ses occupations, car il allait être pris par sa charge de maire.

En 1789, Pierre Mourain fut le premier maire de Bourgneuf. Il acheta en 1790 l'ancienne abbaye bénédictine de Prigny, commune des Moutiers-en-Retz. Quelques jours après, le 26 avril 1790, il est l'un des trente-six membres qui doivent former l'assemblée départementale de la Loire-Inférieure. Puis il est nommé membre du Directoire du Département.

Il se signale par plusieurs écrits, l'un «Lettre à mes concitoyens des campagnes» est fait pour convaincre le clergé que la «Constitution civile ne peut lui assurer que des avantages et que le Pape n'est pas plus qu'un évêque». C'est lui qui, au nom de l'administration départementale va trouver les Carmélites des Couëts pour les engager à recevoir l'évêque constitutionnel «Minée», car les religieuses avaient refusé de le recevoir. Mellinet nous a conservé un récit fort intéressant de l'entrevue.

Mme de la Roussière accueillit avec une extrême politesse M. le commissaire départemental : elle lui parla presque avec enthousiasme, quoique avec une affectation évidente, de la liberté acquise à tous les Français, liberté qui proclamait la tolérance de tous les cultes.

- Sans doute, reprit le commissaire assez embarrassé, sans doute, Madame, mais je viens ici au nom de la loi, et sans le respect de la loi vous savez qu'il n'y a pas de liberté possible...

- Assurément, M. le commissaire, mais quelle loi a ordonné que les maisons religieuses seraient forcées de recevoir la visite des évêques? Auriez-vous l'obligeance de me la citer?...

- Les anciens usages, Madame, établissaient cette visite.

- Sans aucun doute, les anciens usages l'établissaient, mais ils sont abolis: et quelle limite, s'il vous plaît, assignez-vous actuellement à la liberté des opinions religieuses reconnues par la Constitution? Nous force-t-elle à être catholiques constitutionnelles?

- Cela est fort délicat, Madame, et difficile à déterminer; en effet, je ne vois pas les conditions imposées par la Constitution aux maisons religieuses où la vie commune a été conservée... Cependant, Madame, votre refus de reconnaître M. Minée est une opinion dangereuse, et cet exemple, imité par les autres communautés, peut amener une coalition générale contre l'établissement des nouvelles lois sur la constitution civile du clergé.

- M. le commissaire, nous autres religieuses, nous n'avons nulle envie de nous élever contre vos lois: mais encore une fois, où est la loi qui nous ordonne de recevoir M. Minée?...

Et Mourain, de plus en plus embarrassé, dut se retirer en déclarant qu'il en référerait à ses collègues.

Ce fut sans doute cet exploit qui assura l'élection de Pierre Mourain comme député de la Loire-Inférieure à l'Assemblée législative, le 28 août 1791, par 183 voix sur 286.

Il semble que les excès de la Révolution commencent à l'inquiéter. Il abandonna alors ses fonctions avec l'intention de se consacrer à l'agriculture.

En 1793, il était de retour à Bourgneuf où il était encore maire. Or, le 13 mars 1793, en provenance de Machecoul, les Vendéens de La Roche Saint-André s'emparent de Bourgneuf. Pierre Mourain est emprisonné, son château est pillé.

De sa prison, le 17 mars 1793, il avait adressé à ses filles, une lettre d'une haute spiritualité, qui révélait un lucide pressentiment: «...votre jeunesse, mes enfants, vous empêche peut-être de sentir toutes les suites des calamités qui nous affligent en ce moment. Vous êtes témoins, ou du moins vous pensez que nous sommes au milieu des terreurs de la guerre civile puisque voilà le Français armé contre le Français .

... Soyez unies entre vous, et veillez à la faiblesse de votre jeune sueur. Apprenez-lui à mettre en usage une partie des avis que je viens de vous donner, et que je vous devais comme un père qui vous aime...» Mourain

Les jours suivants tout le Pays de Retz fut occupé par les royalistes. Le 23 mars 1793, c'est l'attaque de Pornic, où la victoire-éclair se transforme dans la nuit en une déroute des assaillants, qui sont massacrés.

Les survivants aspirent à la vengeance. Une colonne de 600 hommes sous les ordres de Ripaud de la Cathelinière de Frossay, s'arrête à Bourgneuf.

Et, le 24 mars 1793, Pierre Mourain est abattu par La Cathelinière d'une décharge de deux pistolets dans la poitrine au lieu-dit «La Foliette». Détail qui ajoute encore à l'horreur de la tragédie, comme il respirait encore, il est achevé à coups de pelle par son jardinier Renaud à qui il était souvent venu en aide et par Robard dit Pillon.

L'acte de décès de Pierre Mourain ne figure pas sur les registres de Bourgneuf mais sa nombreuse descendance féminine, représentée par les Goullin, les Riou, les Guibert, etc... est encore là pour attester son existence en ce pays de Retz.

Ce texte est extrait du site de l'association des "Amis du Pays de Retz"